titre PERRECY

Les chantiers de l’église

Saint-Pierre et Saint-Benoît

à Perrecy-les-Forges

avec la chronique des travaux de restauration 2009-2014

Jean-Louis DUCERF

couverture 2015

Sommaire

PréambuleUn chantier après beaucoup d’autres depuis plus de mille ans

Pages

7Origine et fondation

9Epoque romane/ 11ème s.

12Epoque romane/ 12ème s.

17Epoque gothique/ 13ème s. au 15ème s.

18Du 16ème s. au 18ème s.

2019ème s. / 20ème s.

2421ème s.

Le chantier 2009 - 2014

25Situation avant travaux

26Principes généraux du projet de restauration

27Etaiements

28Reprise des contreforts

30Sondages archéologiques et confortements de maçonnerie dans la nef

32Appuis entre contreforts et mur déversé

33Restauration des toitures nef et collatéral/ Analyse archéologique de la charpente

39Restauration des parements intérieurs / Restauration de vitraux et aménagement mobilier

Table des planches

Planches 1 à 15

Sources

(*) renvoi aux photographies ( ) renvoi aux planches


Préambule

Le récent chantier de restauration de l’église de Perrecy-les-Forges a passionné ses opérateurs : maîtres d’ouvrage, architectes, archéologues, entreprises ; elle a aussi suscité un grand intérêt pour les observateurs extérieurs. Cette curiosité d’amateur aurait été insatisfaite sans le reportage très vivant qu’a réalisé M. Jean Labarre pendant toute la durée des travaux *.

Autre témoin attentif de cette opération et très proche voisin de l’église, je souhaite par ce document prolonger la démarche du reportage et compléter le récit du chantier par les observations directes que j’ai faites in situ et par les informations écrites que j’ai rassemblées ou pu recueillir directement des acteurs.

Un chantier de restauration ne part pas de rien; il s’agit de s’inscrire, de se glisser presque modestement dans un très long processus initié depuis longtemps. Aujourd’hui, ce type d’intervention affiche un objectif de principe : donner au lieu une nouvelle pérennité sans transformation majeure de son aspect, on parle de restauration ‘’à l’identique’’.La réalité d’un tel chantier, son déroulement amène souvent des nuances au second terme de ce principe ; en effet cette campagne de travaux n’a pas manqué de révélations qui ont enrichi le projet initial et finalement renouvelé l’image du lieu. Ces révélations imprévues ont aussi élargi la connaissance historique de l’édifice. L’opération, en ouvrant ses entrailles, a révélé partiellement le passé du bâtiment et ses avatars successifs qui ne l’ont jamais restitué identique à lui-même.

Je souhaite également présenter cette opération dans le contexte élargi de la longue histoire de ce bel édifice composite. J’esquisse dans la première partie du document cette restitution d’un chantier global, de l’origine à aujourd’hui. Au cours du développement, j’émets des hypothèses portées aussi par d’autres et concernant certaines parties de l’édifice et leurs transformations. Ces hypothèses s’appuient sur mes observations attentives sur place ; bien sûr elles ne pourraient être validées que par des recherches archéologiques entreprises par des experts. Une autre voie de connaissance reste ouverte dans l’inventaire et le décryptage d’archives inédites (Autun / Mâcon / St-Benoit-sur-Loire …).

Mon travail puise largement dans la documentation historique concernant Perrecy déjà publiée et notamment dans l’œuvre précieuse de l’historiographe local Henri Barrès *.Dans ses aspects archéologiques mon document reprend l’examen des experts intervenus sur le site pendant les récents travaux ; je remercie particulièrement les auteurs des rapports dont j’ai pris connaissance. Des précisions techniques et mes interprétations graphiques empruntent pour une part aux sources de la maîtrise d’œuvre et des entreprises.

L’attention du visiteur de l’église de Perrecy est d’abord retenue par l’ampleur et la splendeur du narthex et particulièrement par la qualité du décor sculpté mais après ce chantier, par ses interventions sur les structures cachées de l’ouvrage, l’occasion nous est donnée de déplacer le regard sur la très grande valeur archéologique et la beauté austère de l’ensemble de l’édifice. On ne trouvera donc pas dans ce fascicule une présentation détaillée concernant le porche sculpté.

* Site internet/Perrecy sauvegarde.

* l’œuvre d’Henri Barrès est rassemblée et réédité par Jean Danzé /éd. du Margeois 2014

Un chantier après beaucoup d’autres, depuis plus de mille ans.

Un bâtiment est un corps vivant, il naît un jour, il vit, il vieillit et la plupart du temps meurt lors d’une démolition brutale. Autrefois il pouvait fondre lentement, laissant une trace, ruine dressée ou vestiges enfouis qui parfois font notre bonheur d’archéologue.

Un troisième destin, plus étonnant, est celui de la conservation, une forme de vie maintenue en continu. C’est le cas dans les villes de fondation ancienne où une grande partie du bâti d’aujourd’hui n’est que le bâti antérieur, continuellement transformé. C’est le cas pour la plupart des églises, c’est le cas à Perrecy-les-Forges.

Un bâtiment ancien conservé aujourd’hui (dans ce cas une église),ne l’est que parce qu’il a accompagné les vicissitudes de l’histoire et s’est transformé avec elles, en aucun cas il apparaît actuellement tel qu’il était dans son état premier. S’il subsiste aujourd’hui, c’est parce qu’il a vécu dans un usage ininterrompu et a été pris en charge constamment depuis son origine. Ce passage à travers le temps n’a pas été linéaire, L’histoire enchaîne des périodes de calme et des séquences de chaos. Un bâtiment maintenu en vie a subi tous ces états ; c’est un objet dynamique et il n’y a pas d’arrêt dans le processus. Son existence témoigne d’une longue et persévérante expérience humaine. L’examen attentif des transformations de l’édifice nous éclaire sur les différentes attitudes des intervenants successifs : élan spirituel mais aussi origine opportune et pragmatique, renouveau créatif, volonté de puissance, réparation urgente, rénovation affirmée, innovation maladroite, rejet destructeur, dépouillement iconoclaste, consolidations modestes, restauration respectueuse, ingéniosité technique, reconstitution pédagogique …

Le chantier récent de restauration ne fige pas l’église de Perrecy dans son aspect définitif et il ne restitue pas plus un état idéal ; une pause va s’établir mais pour qu’ils continuent de vivre, ce bâtiment et ses abords connaîtront nécessairement d’autres phases.

En ce début de 21ème siècle, de quoi est fait l’édifice que nous voyons ?D’où vient-il ?Avant de relater les plus récentes interventions sur ce grand corps de pierre, il est nécessaire d’évoquer les évolutions antérieures pour installer l’action contemporaine dans un cadre beaucoup plus vaste.

Origines et fondation

- Le site de Perrecy (planche1), au passage de l’Oudrache, a sans doute été depuis longtemps un établissement humain, des aménagements du cours de la rivière (au niveau du pont actuel) et une première chaussée ont pu être entrepris très tôt. Une installation gallo-romaine (Patriciacum) est probable, son territoire est christianisé lentement comme le reste de la Gaule.

A la fin de la période mérovingienne, des incursions sarrasines affectent les territoires francs .Le demi-frère de Charles Martel, Childebrand engage une campagne militaire contre les intrusions depuis la Provence jusqu’en Bourgogne, Autun est pillé en 725 ; en retour de ses services, les revenus du domaine de Perrecy qui dépend de l’évêché de Bourges, lui sont octroyés vers 735. Cette usurpation témoigne aussi de la mainmise renforcée du pouvoir franc contre l’irrédentisme Burgonde. Les héritiers de Childebrand très proche de la dynastie carolingienne vont progressivement se faire attribuer la pleine propriété du domaine au détriment de l’église de Bourges. Childebrand et son fils Nibelung dirigeront la rédaction d’une chronique de leur temps, ces récits constituent un rare et précieux témoignage qui a été conservé. Cette puissante famille austrasienne, les Nivelonides (de Nibelung/Nivelon), détenait le domaine de Perrecy parmi bien d’autres possessions principalement dans les régions rhénanes. De Childebrand à la fondation du prieuré (début 10éme siècle) quatre héritiers successifs ont pu visiter ce domaine et y résider parfois, ils le faisaient gérer par des agents locaux ; aucune trace de leur activité ou de leurs constructions n’a été mise au jour à Perrecy jusqu’à maintenant. On peut penser que ces installations pouvaient réinvestir les implantations antérieures et ininterrompues (mérovingiennes / gallo-romaine / …)

- En 876 le descendant de Childebrand est le comte Eccard II, proche de Charles-le-Chauve et apparenté à Richard le Justicier qui sera le premier duc de Bourgogne. Il est sans héritier direct et donne ses territoires de Perrecy à l’abbaye de Fleury (Saint-Benoit-sur-Loire) où il avait été éduqué. Cette donation intervient à un moment particulièrement troublé pour l’abbaye victime de raids successifs de la part des normands (en 865, 876, 897) et probablement pour offrir un repli aux moines lors de ces menaces viking. Ce don est à rapprocher d’un épisode similaire, contemporain, situé aussi en Bourgogne du sud ; il s’agit d’une autre donation en mars 875 du domaine de Tournus par le roi Charles le Chauve aux moines de Noirmoutiers détenteurs des reliques de saint Philibert ; eux aussi motivent leur déplacement par la recherche d’un refuge plus sûr face à l’agression des scandinaves. Rappelons aussi la donation en 910 par le comte Guillaume des terres de Cluny, origine d’une immense puissance monastique. Ces trois établissements si proches dans leur fondation et leur situation auront finalement des destinées très différentes et parfois concurrentes.

Le testament d’Eccard a été conservé, il parle, parmi d’autres biens, d’une capella : cette capella préexistante appartenait à la villa du domaine ; il pourrait s’agir de l’édifice cultuel constituant la première église paroissiale de Perrecy située sur l’actuelle place de l’hôtel de ville et démolie à la fin du 18ème siècle ; une autre hypothèse d’implantation pour cette capella pourrait être celle indiquée au plan conservé de l’état des lieux en 1765, indiquant une ancienne chapelle située au sud-est de l’église prieurale. Dès la fin du 9ème siècle, l’abbaye de Fleury établit un prieuré dans sa récente possession ; en 887, le prieur Bernard s’y installe avec quelques moines.Au début du 10ème siècle, Ils y construisent un lieu de culte qui leur est propre, indépendant de la chapelle castrale et du bourg, à l’emplacement de l’église actuelle. Une partie des reliques de Saint Benoit sont translatées de Fleury à Perrecy. La chronique rapportant cette installation indique que les moines édifièrent d’abord leur demeure puis l’église, dans un premier temps l’installation s’est sans doute faite dans un établissement déjà en place ; villa rurale carolingienne voire maison forte dont l’emplacement n’est pas défini, mais dans la proximité de la chapelle du bourg citée dans la donation.

Des éléments de la première église du 10éme siècle subsistent dans les substructions de l’édifice actuel. A l’occasion du chantier récent, les archéologues on découvert la longrine de fondation primitive sous la ligne des piliers de la nef ; divers fragments sculptés (dont l’entablement d’une colonnette) provenant vraisemblablement de la démolition d’un édifice antérieur étaient en place au niveau du sol ancien. Les piliers du mur gouttereau sud sont construits en partie avec des blocs de remplois (*1), ils peuvent provenir de cette construction carolingienne située au même emplacement (voire d’un autre édifice proche). Le début du 10ème siècle fut troublé notamment en Bourgogne par des incursions hongroises, peut être la nouvelle installation des moines de Fleury à Perrecy eut à pâtir de cette situation. Néanmoins, le prieuré prend son essor, en 908 la chapelle de St Quentin lui est octroyée, en 963 le prieur de Perrecy, Richard, devient abbé de Fleury.

Epoque romane / 11ème siècle

- Entre 1020 et 1030, sous l’impulsion de Gauzlin abbé de FLeury, le prieur Raoul ‘’refit la basilique plus belle qu’avant…’’ faut-il interpréter qu’il restaura ou reconstruisit à neuf ? De toute façon ce texte indique l’existence d’un édifice antérieur. De l’église ‘’refaite’’ de Raoul subsiste aujourd’hui la nef (*2/3),le collatéral sud, le carré du transept et la tour lanterne (*4a,b), le croisillon nord du transept (*5).

La nef pouvait comporter à l’ouest un ouvrage en galilée (porche extérieur), démantelé par la suite pour édifier le narthex visible aujourd’hui.

A l’est s’élevait un chevet à chapelles échelonnées : une abside et quatre absidioles latérales. Actuellement subsistent de cet ensemble (profondément remanié au 15ème siècle) les travées droites des premières absidioles accolées au choeur, on en lit facilement les arcs à l’extérieur dans les pignons est des chapelles (*6/7) avec des fragments d’enduit sur le chant des arcades obturées. Une traces des absidioles secondaires est visible aussi avec une amorce de cul de four dans le mur de la chapelle sud (*8).

Cet ensemble de la première époque romane présente une grande similitude avec l’église Saint-Nazaire à Bourbon-Lancy, presque contemporaine.

Le mur gouttereau nord avant sa ruine et sa reconstruction au 16ème siècle présentait la même configuration que le mur sud, série d’arcades sur des piles rectangulaires et fenêtres hautes. Un bas côté nord de largeur identique à celui du sud existait aussi, il a été détruit en même temps que le mur nord de la nef, mais jamais reconstruit. Les murs des bas côtés comportaient à l’origine trois baies en plein cintre; elles ont été dégagées lors des récents travaux (*9).

Le carré transept a une hauteur exceptionnelle ; il est clos sur ses quatre faces par de majestueux arcs surmontés de baie géminées à colonnettes et chapiteaux à entrelacs (*10/11/12). Les entablements et les chapiteaux sont hétérogènes, on peut faire l’hypothèse d’un remploi d’éléments qualifiés ayant appartenu à l’édifice antérieur ; ce sont les seuls éléments sculptés apparents de cette campagne de travaux.

Le transept est couronné d’une coupole octogonale établie aux angles sur quatre trompes (*4b).Un clocher octogonal coiffait le carré du transept, aucune représentation n’ayant été retrouvée on peut seulement imaginer sa superbe élévation et son système de fenestrage, on peut pour cela se référer aux édifices proches et contemporains (Anzy , Paray ).Ce clocher et sa tourelle d’accès ont été abattus en 1795.

Le niveau d’origine du sol de l’église était 80 cm à 1 m plus bas, d’autre part l’arase des murs gouttereaux de la nef étaient plus élevés d’environ 80 cm,il faut donc imaginer cette élévation très audacieuse pour le système constructif du moment. Il apparaît là qu’une certaine fragilité a été introduite dès l’origine dans l’édifice : blocs de remploi, grande hauteur des murs gouttereaux.La première toiture de la nef était constituée d’un double pan à pente faible vraisemblablement couvert en tuiles canal comme on peut en voir un exemple conservé sur le croisillon nord du transept (*13).

D’autres bâtiments conventuels sont réalisés en maçonnerie par le prieur Guillaume successeur de Raoul ; ces constructions nouvelles complètent et remplacent les bâtisses du prieuré carolingien. De ce premier couvent remanié jusqu’à la démolition à la fin du 18ème siècle, Il ne subsiste quasiment rien sinon l’implantation reprise par le logis prieural du 17éme siècle et ses annexes visibles aujourd’hui ainsi qu’une salle basse voûtée inaccessible actuellement (*14) dont la fonction pouvait avoir un lien avec l’étang contigu (tari aujourd’hui). Un arc clavé obturé apparaît également dans un mur de soutènement (rue du moulin), il peut être la trace d’un ancien passage vers la rivière.

A la fin du 11ème siècle, suite à un probable effondrement au croisillon nord du transept, celui-ci est reconstruit et consolidé, en témoigne la facture circulaire des piliers d’angles et la voûte d’arêtes (*15) qui a put être été édifiée à un niveau plus bas que le premier couvrement. Cet épisode peut être relié à un des‘’Miracles de Saint Benoît ‘’ chronique rédigée à cette époque par des moines de Fleury.

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